À la COP30, les émissions de nombreux secteurs ont été examinées, mais celles liées aux activités militaires et aux conflits armés restent exclues des discussions climatiques, malgré leur impact écologique significatif.
Mise en contexte
En novembre 2025, lors de la conférence COP30 tenue à Belém, au Brésil, les délégués du monde entier ont passé en revue les sources majeures d'émissions de gaz à effet de serre. Sont notamment scrutés des secteurs clés tels que l'agriculture, l'aviation, la fabrication d'acier et de ciment. Ces industries sont reconnues pour leur contribution importante au réchauffement climatique et font l'objet d'efforts ciblés pour réduire leurs émissions. Cependant, un domaine fondamentalement lié à la géopolitique et à la sécurité planétaire a été systématiquement écarté : les émissions militaires.
La question des émissions provoquées par les activités militaires et les conflits armés est rarement abordée dans les négociations climatiques internationales. Pourtant, la guerre ne détruit pas seulement les vies humaines et les infrastructures, elle affecte aussi durablement le climat. En excluant ce secteur des bilans d’émissions, la communauté internationale néglige une part non négligeable des gaz à effet de serre mondiaux. Cette omission compromet la transparence et l'efficacité des politiques climatiques globales.
Ce silence autour des émissions militaires intervient alors que des modèles prédictifs avancés et des données satellitaires sophistiquées permettent désormais de mieux quantifier les impacts environnementaux des activités humaines. L’enjeu est donc double : mieux comprendre ces émissions pour affiner les projections climatiques, et intégrer ce secteur dans les mesures globales de réduction des gaz à effet de serre pour respecter les objectifs fixés par l’Accord de Paris.
Les faits
Selon un article paru sur Phys.org en mai 2026, les émissions liées aux opérations militaires ne sont pas comptabilisées dans les inventaires nationaux de gaz à effet de serre. Cela concerne notamment la consommation de carburant des engins militaires, les infrastructures temporaires, la production d’armements et les conséquences indirectes des conflits sur les terres et les forêts. Pourtant, ces émissions contribuent significativement à l’augmentation des gaz à effet de serre.
Les conflits armés entraînent également la destruction massive d’écosystèmes, ce qui libère du carbone stocké dans les sols et la végétation. Par exemple, les bombardements et incendies en zones forestières ou agricoles intensifient la déforestation et perturbent les cycles naturels du carbone. Ces effets ne sont pas intégrés dans les modèles climatiques utilisés par des organismes comme le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) ou Copernicus, qui se basent principalement sur des données atmosphériques issues d’activités civiles.
Les experts soulignent que sans une prise en compte rigoureuse des émissions militaires, les bilans nationaux sont incomplets et biaisés. Cela fausse les indicateurs de performance environnementale des États et complique la tâche des réseaux de neurones et autres algorithmes d'apprentissage automatique qui analysent ces données pour élaborer des modèles prédictifs climatiques fiables.
Le rôle des technologies dans la mesure des émissions militaires
Les avancées en intelligence artificielle et en télédétection offrent aujourd’hui des outils puissants pour estimer les émissions liées aux conflits. Des modèles comme Pangu-Weather, FourCastNet ou GraphCast exploitent les données satellitaires pour surveiller les zones de guerre, analyser les changements d’occupation des sols et détecter les émissions de gaz à effet de serre en temps quasi réel.
Ces technologies combinent apprentissage automatique et données atmosphériques pour identifier les signatures spécifiques des activités militaires, comme les panaches de fumée, la consommation énergétique des bases ou les perturbations environnementales. Elles permettent ainsi de quantifier des émissions jusque-là invisibles dans les inventaires traditionnels. Intégrer ces données dans les prévisions climatiques permettrait d’affiner la précision des modèles prédictifs et de mieux comprendre l’impact global des conflits sur le climat.
Cependant, ces approches restent encore peu exploitées dans les négociations internationales. Les enjeux géopolitiques, la confidentialité des opérations militaires et la complexité technique freinent l’intégration de ces données dans les bilans officiels. La communauté scientifique appelle à une meilleure collaboration entre experts en climat, défense et technologies satellitaires pour surmonter ces obstacles.
Analyse et enjeux
L’exclusion des émissions militaires dans les bilans climatiques est un angle mort majeur qui compromet les efforts globaux de lutte contre le réchauffement. Selon les chercheurs, les émissions du secteur militaire pourraient représenter plusieurs pourcents des émissions mondiales, une part comparable voire supérieure à certains secteurs industriels.
Ne pas comptabiliser ces émissions entraîne une sous-estimation des gaz à effet de serre et biaise les engagements nationaux dans le cadre de l’Accord de Paris. Cela affaiblit la crédibilité des objectifs de neutralité carbone et pourrait ralentir la transition énergétique globale. De plus, la destruction liée aux conflits accroît la vulnérabilité des écosystèmes, aggravant les risques climatiques locaux et globaux.
D’un point de vue météorologique, intégrer ces données améliorerait la qualité des modèles prédictifs et la compréhension des interactions complexes entre activités humaines et atmosphère. En raffinant la modélisation des émissions, les réseaux de neurones et autres algorithmes d’IA pourraient fournir des prévisions plus précises, essentielles pour anticiper les phénomènes extrêmes et planifier des mesures d’adaptation efficaces.
Réactions et perspectives
Face à cette lacune, plusieurs ONG environnementales et scientifiques militent pour que les émissions militaires soient prises en compte dans les futures COP. Selon eux, ignorer ce secteur revient à fermer les yeux sur une source majeure de pollution et à compromettre la lutte contre le changement climatique.
Les États, confrontés à des enjeux de souveraineté et de sécurité, restent prudents sur ce sujet. La transparence sur les activités militaires est difficile à obtenir, ce qui ralentit les avancées. Pourtant, les progrès technologiques en matière de télédétection et d’intelligence artificielle ouvrent la voie à une meilleure quantification, même en contexte sensible.
La communauté scientifique appelle à un dialogue renforcé entre experts climatiques, géopolitiques et technologiques pour intégrer progressivement ce volet dans les négociations internationales. Cette démarche est indispensable pour garantir une approche globale, juste et efficace de la lutte contre le réchauffement climatique.
En résumé
Les émissions militaires constituent une source majeure et pourtant ignorée de gaz à effet de serre dans les bilans climatiques mondiaux. Leur exclusion nuit à la précision des modèles prédictifs et affaiblit les politiques de réduction des émissions.
Grâce aux technologies d’intelligence artificielle et aux données satellitaires, il est désormais possible de mieux mesurer et intégrer ces émissions dans les modèles climatiques. Leur prise en compte future est essentielle pour une lutte globale et efficace contre le changement climatique.