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Le monde construit plus de centrales à charbon qu'en 10 ans

Malgré une baisse de la production d'électricité, la construction de nouvelles centrales à charbon atteint un pic inédit depuis une décennie. Cette tendance pose un défi majeur pour les objectifs climatiques mondiaux.

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Rédaction Weather IA

jeudi 21 mai 2026 à 06:347 min
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Le monde construit plus de centrales à charbon qu'en 10 ans

Le monde est sur le point de connaître le plus grand nombre de nouvelles centrales à charbon mises en service en une décennie. En 2025, les nouvelles capacités de production d'électricité à partir du charbon devraient atteindre leur plus haut niveau depuis 2015, selon un rapport récent. Paradoxalement, cette augmentation de la construction ne se traduit pas par une hausse de la production d'électricité, qui a même tendance à diminuer. Cette situation complexe soulève des questions sur l'avenir énergétique mondial et l'efficacité des politiques climatiques.

Un nombre record de nouvelles centrales à charbon

Les données compilées par des chercheurs révèlent une tendance préoccupante : plus de 30 gigawatts (GW) de nouvelles capacités de production à base de charbon devraient être ajoutées en 2025. Ce chiffre représente le niveau le plus élevé depuis 2015, une année où le monde était encore loin des engagements pris lors des accords de Paris. L'essentiel de cette nouvelle capacité se concentre en Asie, avec la Chine et l'Inde en tête, suivies par d'autres pays comme le Vietnam, l'Indonésie et le Pakistan. Ces nations s'appuient sur le charbon pour répondre à une demande énergétique croissante, souvent motivée par des considérations de sécurité énergétique et de coût.

Pourquoi la production d'électricité recule malgré tout ?

Malgré l'afflux de nouvelles centrales, la production totale d'électricité issue du charbon a connu une légère baisse. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Premièrement, de nombreuses centrales construites ces dernières années sont plus petites et moins efficaces que leurs aînées, ou sont destinées à une utilisation moins intensive, servant de capacité de réserve plutôt que de production continue. Deuxièmement, la concurrence des énergies renouvelables, notamment le solaire et l'éolien, est de plus en plus forte. Ces sources d'énergie voient leurs coûts baisser drastiquement, les rendant plus compétitives, même pour la production de base dans certaines régions. Enfin, une partie de ces nouvelles centrales, bien que construites, ne sont pas encore pleinement opérationnelles ou fonctionnent à un régime réduit, attendant une demande plus forte ou une stabilité du réseau.

Le poids historique du charbon dans le paysage énergétique

Le charbon a longtemps été le pilier de la révolution industrielle et de la production d'électricité mondiale. Pendant des décennies, il a fourni une énergie abondante et relativement bon marché, permettant l'essor économique de nombreuses nations. Cependant, son coût environnemental est devenu de plus en plus évident, notamment avec sa contribution majeure aux émissions de gaz à effet de serre. Cette nouvelle vague de construction, bien que représentant un pic décennal, intervient dans un contexte où le monde cherche activement à se détourner des énergies fossiles. Elle reflète les défis persistants auxquels sont confrontés les pays en développement pour concilier croissance économique, sécurité énergétique et impératifs climatiques, souvent dans un équilibre délicat entre des besoins immédiats et des engagements à long terme.

L'IA à la rescousse des prévisions climatiques et énergétiques ?

Dans ce contexte, l'intelligence artificielle (IA) et les modèles prédictifs jouent un rôle de plus en plus crucial. Les réseaux de neurones et les algorithmes d'apprentissage automatique permettent d'analyser d'énormes volumes de données atmosphériques et climatiques, issues de données satellitaires et de stations au sol. Des modèles comme GraphCast, développé par des instituts comme l'ECMWF (Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme), ou Pangu-Weather de Huawei, sont capables de prédire les conditions météorologiques avec une précision et une rapidité sans précédent. Ces avancées sont essentielles pour anticiper les fluctuations de production des énergies renouvelables (vent, soleil) et optimiser leur intégration dans le réseau électrique. L'IA peut ainsi aider à mieux gérer la demande, à identifier les moments où le charbon pourrait encore être nécessaire, mais aussi à modéliser les impacts des nouvelles infrastructures énergétiques sur le climat.

Un frein majeur pour les objectifs climatiques

La construction de ces nouvelles centrales à charbon est une mauvaise nouvelle pour la lutte contre le changement climatique. Le charbon est la source d'énergie fossile la plus émettrice de dioxyde de carbone (CO2) par unité d'électricité produite. Chaque nouvelle centrale opérationnelle représente des décennies d'émissions supplémentaires, rendant plus difficile l'atteinte des objectifs fixés par l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C, et si possible à 1,5°C, par rapport aux niveaux préindustriels. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a déjà alerté à plusieurs reprises sur la nécessité de cesser la construction de nouvelles centrales à charbon pour atteindre ces objectifs. L'incertitude de prévision sur la demande énergétique à long terme et le financement de ces projets, souvent soutenu par des investissements publics ou des banques de développement, sont des enjeux majeurs.

Les enjeux stratégiques derrière le maintien du charbon

La décision de construire de nouvelles centrales à charbon, même si leur utilisation est appelée à décliner, répond à des impératifs stratégiques pour les pays concernés. Il s'agit souvent de garantir une capacité de production d'électricité stable et prévisible, essentielle pour le développement économique et la stabilité sociale, dans un contexte où les énergies renouvelables, bien que croissantes, peuvent encore souffrir d'intermittence. Le charbon offre une certaine résilience face aux fluctuations des marchés internationaux des combustibles fossiles et peut être une ressource locale. De plus, la construction de ces centrales peut représenter un levier économique local, créant des emplois et stimulant l'industrie nationale. Ces facteurs expliquent pourquoi, malgré les alertes climatiques, le charbon conserve une place dans le mix énergétique de certaines nations, posant un défi majeur pour la transition globale.

Vers une transition énergétique complexe et nuancée

Cette situation met en lumière la complexité de la transition énergétique mondiale. Si les énergies renouvelables progressent rapidement, la demande énergétique globale continue d'augmenter, particulièrement dans les économies émergentes. Le charbon, malgré ses inconvénients environnementaux, reste une source d'énergie perçue comme fiable et relativement bon marché par de nombreux pays. Les modèles prédictifs basés sur l'IA, s'ils sont correctement utilisés, pourraient aider à mieux évaluer les besoins réels et à accélérer le déploiement des alternatives bas carbone. Cependant, la décision politique de sortir des énergies fossiles reste primordiale. La capacité des modèles d'IA à simuler des scénarios futurs et à quantifier les impacts des différentes politiques énergétiques pourrait s'avérer déterminante pour orienter les décisions futures et éviter de s'engager sur des infrastructures qui deviendront obsolètes avant la fin de leur durée de vie, tout en continuant à polluer.

En résumé

Le rapport de Carbon Brief révèle une tendance paradoxale : un pic dans la construction de nouvelles centrales à charbon depuis 10 ans, atteignant plus de 30 GW en 2025, principalement en Asie, tout en observant une baisse de la production globale d'électricité issue du charbon. Cette situation s'explique par une concurrence accrue des renouvelables, l'exploitation moins intensive de certaines centrales, et leur rôle potentiel de réserve. Historiquement pilier de l'industrie, le charbon reste un choix stratégique pour certains pays afin d'assurer leur sécurité énergétique et leur développement économique, malgré son impact environnemental. La lutte contre le changement climatique est ainsi freinée, rendant plus difficile l'atteinte des objectifs de l'Accord de Paris. L'intelligence artificielle offre de nouveaux outils pour mieux prévoir la demande et optimiser l'intégration des énergies renouvelables, mais la décision politique de sortir des fossiles demeure essentielle pour une transition énergétique réussie.

Source : Carbon Brief

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